« 3 janvier 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 6], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12726, page consultée le 07 mai 2026.
Paris, 3 janvier 1880, samedi matin, 8 h.
Cher bien-aimé, je me hâte de rétracter la bête de lettre que je t’ai écrite cette
nuit et que tu ne liras pas, heureusement pour moi. C’est déjà trop que j’aie pu la
penser une minute. Je t’en demande pardon, accorde-le-moi. Ta chère petite lettre1 que je viens de relire me prouve que
tu m’aimes et que je suis une méchante bête d’en douter. D’ailleurs il te serait si
facile de te soustraire à mon importun amour et d’avoir une personne plus jeune, plus
alerte et plus sociable que moi qu’il est évident que, si tu ne le fais pas, c’est
que
tu me préfères toute vieille, toute grognon et toute inutile que je suis. Tant pis
si
tu te trompes.
J’espère que tu as bien dormi pour toi et pour moi qui n’ai pas
fermé l’œil de la nuit. J’attends l’arrivée de Virginie pour qu’elle prépare ton feu en même temps que je te donnerai
tes œufs.2 Je te ferai penser en même temps que tu ne m’as pas donné d’argent hier
pour payer la dépense d’avant-hier montant à 167 F. 80 à laquelle s’ajoute celle
d’hier dont je ne sais pas encore le chiffre, n’ayant pas compté ce matin avec la
cuisinière. Je regrette de t’en faire une scie3 mais je ne peux pas faire autrement, pas plus
que de t’aimer.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Lettre écrite par Victor Hugo à Juliette Drouet le 31 décembre 1879. Voir Victor Hugo, Lettres à Juliette Drouet, 1833-1883, Le Livre de l’Anniversaire, texte établi et présenté par Jean Gaudon, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1964, pp. 178-179.
2 Hugo avait l’habitude de manger deux œufs crus le matin. Il décide de noter cette habitude dans ses carnets à partir du 12 décembre 1879.
3 Scie : refrain lassant à force d’être répété.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
